Depuis mercredi soir, le dépôt de carburant de Bassens, près de Bordeaux, est bloqué par la Coordination rurale en pleine crise agricole. Ce samedi matin, une opération des forces de l’ordre tente de lever le siège, sous haute tension.
Depuis mercredi soir, le dépôt de carburant de Bassens, au sein du Grand Port Maritime de Bordeaux, s’est retrouvé au cœur de la crise agricole. Des dizaines d’agriculteurs de la Coordination rurale (CR) y ont installé tracteurs, camions et voitures pour empêcher les livraisons de carburant, transformant ce site industriel discret en point névralgique de la colère paysanne dans la métropole bordelaise.
Ce samedi matin, les autorités ont décidé de reprendre la main. Dans un communiqué, la préfecture de la Gironde indique que "Une importante opération de déblocage des dépôts pétroliers d’Ambès (DPA) est en cours depuis ce matin, 8h30, sur la commune de Bassens", où "une quarantaine d’agriculteurs, une trentaine d’engins agricoles et de camions, ainsi qu’une quarantaine de véhicules légers" empêchent l’accès aux installations. Sur le terrain, la tension est montée d’un cran.
Ce site classé des Dépôts pétroliers d’Ambès, implanté sur le port de Bassens, constitue un maillon important de l’approvisionnement en carburant de la région bordelaise. Selon la préfecture, l’opération doit rétablir la circulation des poids lourds pour alimenter les stations-service, soutenir l’activité des entreprises et garantir les interventions d’urgence. Le blocage est en place depuis mercredi soir, quand les premiers tracteurs de la CR33 se sont positionnés devant les accès.
Sur place, une cinquantaine d’agriculteurs ont passé la nuit de vendredi à samedi autour du dépôt, d’après Vincent Colineau, coprésident de la CR33. "On est avertis que ça va commencer", a-t-il déclaré par téléphone à l’AFP, quelques minutes avant le lancement de l’opération. Pour lui, "On peut dézinguer les agriculteurs, mais il ne faut pas toucher au pétrole". "On ne va pas rentrer," insiste-t-il, jugeant que les réponses apportées par le gouvernement restent très insuffisantes.
La section girondine de la Coordination rurale 33 a multiplié les actions ces derniers jours, avec en point d’orgue l’entrée de tracteurs à Paris pour dénoncer l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur, dont la signature est attendue samedi prochain au Paraguay. À Bassens, le dépôt de carburant est devenu pour ces exploitants un symbole de la priorité donnée, selon eux, aux flux pétroliers plutôt qu’à la survie des fermes.
Le syndicat dénonce aussi la gestion par l’État de l’épizootie de dermatose nodulaire bovine (DNC), qui a attisé la colère agricole début décembre dans le Sud-Ouest, bastion historique de la CR. Cette maladie virale touchant les bovins a entraîné des pertes importantes dans les élevages et joue un rôle central dans la mobilisation actuelle, aux côtés d’autres dossiers mis en avant par les agriculteurs de la Coordination rurale :
Face à cette mobilisation, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard a annoncé vendredi "un paquet de mesures agricoles" de 300 millions d’euros, avec entre autres le doublement du fonds d’indemnisation de la dermatose bovine et des dispositifs sur les engrais ou l’aide à l’arrachage des vignes. Sur le piquet de Bassens, ces annonces ne convainquent pas : pour Vincent Colineau, "ce n’est pas ce que la ministre a dit hier (vendredi) qui va changer grand-chose".
2026-01-10T11:25:29Z