Mercredi dernier, un trafiquant de drogue de Pontoise, qui purgeait une peine de cinq ans de prison ferme à Domenjod, a écopé de trois années supplémentaires. Equipé de portables, il pilotait une filière de revente de cannabis depuis sa cellule. Peterson Sénat, 30 ans, compte parmi les trafiquants de drogue aguerris qui cherchent à se […]
Mercredi dernier, un trafiquant de drogue de Pontoise, qui purgeait une peine de cinq ans de prison ferme à Domenjod, a écopé de trois années supplémentaires. Equipé de portables, il pilotait une filière de revente de cannabis depuis sa cellule.
Peterson Sénat, 30 ans, compte parmi les trafiquants de drogue aguerris qui cherchent à se faire une place au soleil à La Réunion. Originaire de Pontoise, il a été repéré pour la première fois sous nos cieux en octobre 2022. A l’époque, les enquêteurs découvrent un colis garni de sept pièces d’identité différentes dont le point commun est que sa bobine s’affiche sur chacune d’elles. Par ailleurs, il a déjà un casier judiciaire long comme le périphérique avec huit mentions en lien avec les stupéfiants.
Placé sous étroite surveillance, Peterson Sénat est intercepté en février 2023 au départ de l’aéroport Roland Garros avec une valise remplie de billets de banque dissimulés dans des chaussettes. Il y en a pour 48.750 euros. Ses comptes bancaires révèlent aussi des transferts de fonds pour un montant de 337.191 euros.
Le trentenaire explique que ces économies sont le fruit de gains mirifiques dans les ronds de cartes. Il indique encore que les photos de liasses de billets et de produits stupéfiants enregistrés dans son téléphone lui ont été envoyées par des tiers. Mais les magistrats ne croient pas à ses fables et le tribunal judiciaire de Saint-Denis le condamne à 5 ans de prison ferme. D’où son actuelle incarcération à la prison de Domenjod.
Bien qu’à l’écart de la société, Peterson Sénat refait parler de lui à la fin de l'année 2025. Le 16 novembre précisément, les policiers de la Bac du Port repèrent deux types louches juchés sur un T-Max le long de l’avenue Raymond Vergès. Le passager reste casqué à côté du deux-roues avec le moteur qui tourne. Le pilote s’engouffre à la hâte dans une cage d’escalier avec un sac à dos bien bombé.
Les policiers se mettent en planque. Ils font état d’un sac en plastique blanc à travers lequel ils auraient furtivement aperçu des liasses de billets. Me Marie Briot, avocate du pilote, n’en croit pas un mot. Ainsi, elle tente de faire annuler la procédure faute d’infraction pouvant justifier leur interpellation. Car effectivement, les deux motards sont arrêtés et menottés alors qu’ils n’ont rien sur eux.
Il faut attendre que les policiers poussent la porte de la locataire chez qui le pilote est allé pour que le pot aux roses soit découvert. Ils tombent nez à nez avec Patricia P-G., une mère de famille de 35 ans. La perquisition confirme leurs soupçons. Ils mettent la main sur le fameux sac plastique. Il contient une petite fortune : 55.500 euros.
La « nourrice » ne tarde pas à se mettre à table. Elle explique que le pilote du T-Max, Inzoudine A-M., le lui a déposé. Elle devait conserver l’argent et recevoir en contrepartie une gratification à hauteur de 1.000 euros. Patricia P-G. raconte encore qu’elle est entrée dans la boucle après avoir été approchée par un certain « Roloto » via Snapchat. Elle ne connaît pas sa véritable identité mais elle sait qu’il séjourne à Domenjod.
Pourquoi elle ? Tout simplement parce que son dernier compagnon séjourne lui-même dans la prison et qu’ils ont lié connaissance. Pendant les 96 heures de garde à vue, les policiers reçoivent des tuyaux anonymes. Par exemple que « Roloto » et le détenu Peterson Sénat ne feraient qu’un. Une perquisition dans sa cellule permet d’ailleurs de saisir deux téléphones portables. L’un serait réservé à ses communications familiales en Côte d’Ivoire. Il partagerait l’autre avec des codétenus. Ce qui lui permet de soutenir que « Roloto » est un voisin de cellule et qu’il n’est donc pas le commanditaire d’un réseau de revente de cannabis.
Le pilote du T-Max, Inzoudine A-M., reconnaît en garde à vue « plusieurs livraisons » même s’il a choisi de garder le silence à l’audience. L’argent chez la « nourrice » pour le compte de « Roloto » mais aussi de la résine de cannabis pour le business. Quant au passager, Jérôme D., il s’avoue dealer pour payer sa consommation. Rien de plus. Le souci pour lui est que son portable était gavé de photos et de vidéos de savonnettes de cannabis et de liasses de billets.
Jérôme D. explique qu’elles ont été collectées sur les réseaux sociaux. « Les analyses indiquent qu’elles ont été filmées avec votre téléphone dans votre salon », lui oppose le président du tribunal. Il prétend encore que « ce jour-là, on allait manger à Saint-Gilles et il (Inzoudine A-M.) a voulu s’arrêter au Port mais je ne savais pas qu’il y avait de l’argent dans le sac ». Une version difficile à avaler.
Le problème pour Peterson Sénat est que son téléphone de prison est entré en contact avec ceux de la nourrice et de Inzoudine A-M. à de multiples reprises. Autre détail qui ne joue pas en sa faveur : il a tenté de détruire son portable en le projetant violemment contre un mur au moment de signer le PV de mise sous scellé.
Pour le substitut du procureur, il ne fait pas de doute que Peterson Sénat, alias « Le Parisien », et « Roloto » ne font qu’un. Elle requiert à son encontre trois ans de prison ferme en raison de son casier judiciaire et de sa récente condamnation à cinq ans de prison ferme. Mais aussi et surtout en raison de « l’organisation d’un trafic depuis la prison avec au moins une nourrice, des dealers et des livreurs ». « C’est donc bien qu’il ne compte pas s’arrêter… », insiste la magistrate.
Le ministère public requiert un an de prison ferme à l’encontre de la « nourrice », dix-huit mois de prison dont six avec un sursis probatoire pour le pilote et deux ans dont un an avec sursis pour son passager. Me Marie Briot fustige « les méthodes critiquables de la Bac ». Une autre robe noire parle d’un « trop-plein de coïncidences et d’informations qui tombent à pic ».
Me Sébastien Navarro ironise sur « des OPJ à l’œil de lynx et au flair exceptionnel grâce à de miraculeux appels anonymes ». Il estime que « des tontons trafiquants ont pu balancer la concurrence » pour la défense d’un territoire. Ce qui n’est pas farfelu quand on sait que des équipes portoises pure sucre trempent dans les stups en stock. « Ça a été Noël avant l’heure au Port pour les agents de police », s’amuse Me Navarro.
Quoi qu’il en soit, les juges ont presque confirmé les réquisitions. Trois ans de prison ferme pour Peterson Sénat, un an ferme pour Patricia P-G. et 18 mois dont six avec sursis pour le pilote et son passager.
2026-01-24T14:56:19Z