En l’absence de clôtures suffisantes pour les séparer des sangliers, les porcs d’un éleveur de Lanvellec (Côtes-d’Armor) ont été abattus jeudi 27 novembre 2025. Les services de l’État reprochant notamment à ses bêtes de représenter une menace dans le contexte de la peste porcine. L’agriculteur, ardent partisan des petits élevages de plein air, s’en défend.
Les jours ont passé et la ferme de Pouloupry est vide de ses cochons. Les 50 porcs d’Antoine Raoul ont pris le chemin de l’abattoir sur ordre du préfet, jeudi 27 novembre 2025 à Lanvellec dans les Côtes-d’Armor. Quinze gendarmes ont débarqué…
, relate l’éleveur.
Ce lundi 1er décembre, les soutiens se manifestent au seuil de sa porte. Une amie a fait le déplacement de Lannion. Deux autres du Finistère voisin. On vient par solidarité. Car c’est un coup porté aux petits élevages, que l’agro-industrie fait disparaître
, réagit l’un d’eux. Ça ressemble à une exécution pour l’exemple
, image Antoine Raoul, dont l’exploitation se trouve désormais amputée de son élevage porcin, déclaré réfractaire aux mesures de biosécurité
par les services de l’État.
En cause : une porosité de son cheptel avec les sangliers du secteur, ayant donné naissance à des cochongliers. Une hybridation consécutive à l’absence de séparation avec la faune sauvage
, déplorée par la préfecture. Laquelle pointe également les non-conformités vis-à-vis de la réglementation relative à la détention de porcins hybrides de sangliers
.
Sur fond de prolifération des sangliers
Heureux pourtant, les cochons de Pouloupry dans leur vie de plein air sur 30 hectares, jalonnés de 6 km de talus et épargnés de tout pesticide. En 2014, j’avais opté pour une très vieille race, le porc Berkshire.
Des cochons noirs, produisant une viande appréciée des gourmets et des tables gastronomiques auxquelles elle se destinait.
Mais deux ans plus tard, l’élevage subit la pression de la prolifération des sangliers, particulièrement importante sur le secteur de Lanvellec. L’intrusion d’un mâle aboutit quelques mois plus tard à la naissance de… 80 petits hybrides. Il fallait les voir gambader tous ensemble ! C’était attendrissant
, glisse cet amoureux du vivant. Tout en faisant remarquer : L’hybridation est aussi vieille que l’histoire du cochon domestique
. Dans sa volonté de garder la maîtrise de son cheptel, l’éleveur de 66 ans n’en avait conservé que 20 en 2018.
C’est l’année où les ennuis s’amoncellent. Cet été-là, neuf agents débarquent à la ferme dont ceux de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage, qui le poursuit en justice. L’éleveur est condamné pour exploitation irrégulière d’un établissement détenant des animaux non domestiques
. Mais il doit aussi répondre de dégâts dans un champ de maïs voisin, imputé à ses porcs. Puis d’un jardin…
Entre-temps, une battue administrative est organisée, au cours de laquelle l’un de ses cochons, un jeune hybride auquel j’étais attaché
, est tué. À partir de là, plus rien n’a été pareil. Je suis devenu délinquant à 60 ans
, résume, caustique, Antoine Raoul, qui refuse de courber l’échine. J’essaie de vivre selon mes convictions.
Quelle place pour l’élevage de plein air ?
Mais l’étau se resserre sous l’effet de la progression en Europe de la peste porcine africaine qui, à ce jour, n’a pas affecté l’Hexagone. Sommé d’assurer une séparation de son troupeau avec la faune sauvage, l’éleveur de 66 ans est prié de se mettre en conformité. Grillage, clôtures électrifiées, sas, pédiluve… Un bien onéreux plan de biosécurité de plusieurs dizaines de milliers d’euros
qu’il n’a pas.
D’où les mesures de dépeuplement
prises jeudi dernier par les services de l’État, à titre préventif afin de maîtriser le risque de diffusion de la peste porcine de la faune sauvage vers les élevages mais également entre les élevages
, justifie la préfecture. Une menace sanitaire que récuse l’éleveur, s’estimant davantage exposé à la maladie que responsable de la véhiculer
.
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L’homme y voit la pression de l’élevage industriel porcin. Il faut, coûte que coûte, le sauver. Lui seul représente un poids important dans l’économie…
Dans ce contexte, la prévention du risque d’épizootie lui a coûté son cheptel. Et ce qui se passe va avoir un effet dissuasif pour d’autres éleveurs de plein air, qui ne voudront pas vivre ce traumatisme
, déplore le Trégorrois.
Avec calme, l’épouse d’Antoine Raoul se désole de cette société qui élimine ses petits paysans
. Et raconte s’être vu proposer de récupérer la viande de nos cochons pour la commercialiser
. Une proposition déclinée, comme ce couple le raconte quelques heures après une autre suggestion : un audit de biosécurité, par la chambre régionale d’agriculture
, ignorant tout de ses mésaventures. N’est-ce pas ironique ?
, lâchent Marie-Christine et Antoine Raoul, dont les champs ne comptent plus que leurs vaches Pie Noir et leurs chevaux.