Renchérir, ou périr. Comme d'autres avant elle, la guerre en Ukraine se caractérise par une litanie d'innovations. En attaque et contre-attaque, chaque camp cherche ainsi à élaborer une réponse technologique susceptible de terrasser celle de l'adversaire.
Dans ce bras de fer, l'Ukraine semble dernièrement avoir gagné du terrain : de nouveaux intercepteurs locaux seraient parvenus à abattre les drones kamikazes Geran-3, la dernière génération de munitions rôdeuses russes à turboréacteur. Une performance dont doutaient de nombreux analystes, inquiets de voir Moscou prendre l’avantage dans la guerre des drones par la vitesse et la saturation, indique Interesting Engineering.
Serhii Sternenko, figure de la mobilisation volontaire ukrainienne et coordinateur de livraisons de drones aux unités de première ligne, a annoncé dimanche à la presse que le modèle d’intercepteur ukrainien Sting avait neutralisé plusieurs Geran-3 (The Kyiv Post). Il a parlé d’un "moment historique", publication à l’appui : une image montrant ce qui ressemble à l’arrière d’un drone à réaction, indicateur d’une interception menée à très haute vitesse.
L’épisode intervient alors que la Russie intensifie le déploiement de son nouveau Geran-3, copie locale du Shahed-238 iranien. Contrairement au Geran-2 à hélice, massivement utilisé depuis 2022, cette variante motorisée au turboréacteur atteint des vitesses estimées à 370 km/h, doublant sa version précédente et compliquant considérablement les interceptions classiques. Kiev estime que Moscou en a lancé 138 au cours des dernières semaines, signe d’une phase de pré-production avancée.
La stratégie russe reste inchangée : bombarder les centres urbains et les infrastructures ukrainiennes grâce à des essaims de drones bon marché accompagnés de leurres, afin de saturer les défenses aériennes. Le Geran-2, produit en masse, coûte environ 20 000 dollars, un prix dérisoire comparé aux missiles coûteux que l’Ukraine doit mobiliser pour les détruire. D’où la nécessité vitale pour Kiev de développer ses propres solutions à bas coût, capables de contrer une menace industrielle sans épuiser ses stocks stratégiques
C’est dans cette logique qu’émergent les intercepteurs FPV ukrainiens. Assemblés en grande partie par des ingénieurs civils et des réseaux de volontaires, ces drones kamikazes coûtent entre 2 000 et 6 000 dollars. Le Sting, l’un des modèles les plus aboutis, peut atteindre 345 km/h, vitesse pensée pour rattraper le Geran-2. Mais l’arrivée du Geran-3, plus rapide, laissait craindre un nouveau décalage technologique au détriment de Kiev.
Les premières interceptions rapportées suggèrent donc que l’écart n’est peut-être pas aussi irrattrapable que prévu. Reste un enjeu central : si Moscou porte la production du Geran-3 aux niveaux du Geran-2 — désormais fabriqué par milliers chaque mois —, l’Ukraine devra prouver que ses intercepteurs peuvent tenir le rythme à grande échelle.
2025-12-02T18:58:10Z