INCENDIE DE CRANS-MONTANA : CE QUE LES GéRANTS DU BAR ONT DIT AUX ENQUêTEURS SUR LEUR SOIRéE DU 31 DéCEMBRE

Au lendemain de l’hommage national organisé en Suisse pour les nombreuses victimes de l’incendie du bar de Crans-Montana, on commence à connaître la version que les deux gérants du Constellation ont présentée aux enquêteurs suisses.

Après le drame du 1er janvier, Jacques et Jessica Moretti ont très rapidement été entendus par la police. Ces auditions séparées, dont BFMTV et L’Œil du 20 heures de France 2 ont obtenu les procès-verbaux, permettent de reconstituer peu à peu les faits pour expliquer l’origine de cette soirée tragique, qui a fait 40 morts et 116 blessés.

Lors de son audition, Jessica Moretti a ainsi confirmé qu’elle se trouvait au Constellation lorsque les flammes ont commencé à se propager. Tandis que son mari se trouvait au Senso, un autre établissement qui lui appartient. Le début de la soirée était relativement calme, selon elle. Au point qu’elle a fait remarquer à une serveuse « qu’il fallait faire rentrer du monde pour que l’ambiance prenne ». « À minuit, il y avait très peu de monde », confie-t-elle. D’après son récit, c’est vers 1 h 15 que « l’ambiance a commencé à prendre et les gens à danser ».

Le calme, avant l’incendie

Très vite, les questions des enquêteurs suisses se sont orientées vers les bougies scintillantes soupçonnées d’être à l’origine du sinistre. « Systématiquement, quand nous servons une bouteille en salle, nous ajoutons un “scintillant” [un feu de Bengale]. Ils ont une durée de vingt secondes environ », a-t-elle expliqué, une dizaine d’heures seulement après l’incendie.

Dans ce bar suisse, la coutume exige que des serveuses masquées apportent les bouteilles aux tables qui ont commandé à boire. Avec pour particularité qu’elles soient sur les épaules d’autres serveurs. Les feux de Bengale se trouvent alors près du plafond. « Nous ne laissons jamais les clients manipuler les scintillants », « dès qu’ils s’éteignent, nous les prenons et les mettons dans un verre d’eau », évoque toutefois la gérante.

Un quart d’heure après que la soirée débute réellement, elle dit avoir « senti un mouvement de foule » et vu « de la lumière orange vers l’angle du bar ». Dès lors, elle affirme avoir appelé les pompiers et demandé d’évacuer les lieux sans attendre : « J’ai tout de suite hurlé : “tout le monde sort !” et j’ai tout de suite pensé à faire appel aux pompiers. Je suis sortie de l’établissement par l’entrée principale, en prenant les escaliers, pour dire à l’agent de sécurité de faire sortir tout le monde. Une fois dehors, j’ai fait le 118. Il était 1 h 28 ».

Dans la foulée, elle appelle son mari. « Je lui ai dit : “il y a le feu au Constel, viens vite !” J’étais dans un état de panique complet, l’appel a duré 11 secondes. Il m’a tout de suite dit qu’il me rejoignait. »

« Pour moi, il doit y avoir quelque chose d’autre »

De son côté, Jacques Moretti a également été interrogé sur l’utilisation des bougies pyrotechniques. « Ça fait dix ans que nous faisons cela, il n’y avait jamais eu de soucis », affirme-t-il durant son audition. L’homme est d’ailleurs persuadé que les feux de Bengale ne sont pas la cause principale de l’incendie. Bien qu’il admette que ce ne soit « pas impossible ».

« Pour moi, il doit y avoir quelque chose d’autre. [Les feux de Bengale] n’étaient pas assez puissants pour enflammer la mousse acoustique. J’avais fait des tests », précise-t-il au sujet de cet isolant acoustique, qu’il avait installé dix ans plus tôt au plafond. D’ailleurs, son épouse est convaincue que les feux de Bengale « étaient déjà terminés avant même que nous ne parvenions aux tables. Ils étaient éteints bien avant que je ne remarque la lumière orange ».

Une fois sur place, Jacques Moretti confie avoir tenté d’entrer à l’intérieur du bar. « Mais c’était impossible. Il y avait beaucoup trop de fumée ». Il pense alors à une porte de service « fermée et verrouillée de l’intérieur, avec un loquet » ce soir-là. Ce qui n’est normalement pas le cas, selon sa version des faits. Précision importante du gérant, que les enquêteurs devront vérifier : cette porte n’est pas une sortie de secours, contrairement à celle située au sous-sol.

« Nous avons forcé et elle a fini par céder en quelques secondes » ajoute le gérant, décrit comme « visiblement très ému » dans le procès-verbal. Dans le reste de son audition, les enquêteurs ont aussi posé des questions liées à la sécurité des lieux. Permettant à Jacques Moretti d’affirmer que « le service du feu a effectué deux ou trois contrôles incendie » en dix ans d’exploitation. Mais sans jamais faire « de demandes de réaménagement ou de modification des lieux ».

2026-01-10T15:56:02Z