Le 10e sommet des Amériques, qui devait se tenir en République dominicaine début décembre, a été reporté à l’année prochaine « après une analyse minutieuse de la situation dans la région », a annoncé Saint-Domingue.
Dans son communiqué diffusé ce 3 novembre, le ministère des Affaires étrangères du pays caribéen justifie sa décision en reconnaissant « les profondes divergences qui entravent actuellement un dialogue productif dans les Amériques ». Une façon bien diplomatique de présenter les choses, alors que l’Amérique latine subit plus que jamais – avec la réinstallation de Donald Trump à la Maison-Blanche – le retour ouvertement assumé d’une politique étrangère états-unienne prédatrice et interventionniste.
Pourtant, à l’heure où Washington rudoie la Colombie et fait peser la menace d’une attaque militaire sur le Venezuela, la République dominicaine aurait pu démontrer ses talents d’organisatrice, elle qui avait annoncé, en assumant en 2023 la présidence pro tempore du sommet, son intention d’organiser une réunion inclusive.
Mais le gouvernement du président d’ultradroite Luis Abinader, fidèle second de Donald Trump, a visiblement préféré « capituler face aux pressions (…) du secrétaire d’État américain » (dixit La Havane) en annonçant il y a un mois l’exclusion de Cuba, du Nicaragua et du Venezuela du sommet. Une éviction qui avait provoqué un boycott de l’événement par deux poids lourds latino-américains : la Colombie de Gustavo Petro et le Mexique de Claudia Sheinbaum.
Est-ce pour éviter d’avoir à assumer un sommet au résultat décevant, ou pire un cuisant échec diplomatique, que Saint-Domingue a préféré le reporter ? Marco Rubio craignait-il de devoir affronter les critiques qui risquaient de fuser à son encontre, en premier lieu de la part du Brésil, très critique des positions pour le moins hostiles du chef de la diplomatie états-unienne ?
Le grand perdant de l’ajournement est sans aucun doute la République dominicaine, qui a montré sa soumission aux États-Unis au grand jour. Mais surtout ces derniers, tant il transpire dans le communiqué émis lundi – et de la réaction très bienveillante du département d’État – que c’est Washington qui était aux commandes de l’événement qui devait se tenir dans la station balnéaire de Punta Cana.
Un échec qui montre à Donald Trump que sa politique incendiaire en Amérique latine (volonté de faire tomber le président Nicolas Maduro, bombardements illégaux au large des côtes vénézuéliennes et colombiennes…) ne peut en aucune façon passer sans provoquer de réactions.
Et qui interroge sur le rôle de l’Organisation des États américains, soutien technique et institutionnel des sommets des Amériques, trop souvent qualifiée de soumise à Washington… Et bien muette face aux agissements de Trump dans la région des Caraïbes, malgré des actions dont l’illégalité a été dénoncée, y compris par l’ONU.
« Soit nous sommes un continent de nations souveraines, soit nous sommes un continent colonisé par un empire », exprimait sur X, ce week-end, le président colombien, questionnant « la légitimité » de l’OEA et d’un système interaméricain des droits de l’homme à deux vitesses.
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