TONY CAKES, L'HORRIBLE FIN D'UN VIEUX MAFIEUX NEW-YORKAIS

Si Martin Scorsese avait imaginé une telle fin pour son nouveau scénario, il aurait levé les yeux au ciel, machouillé son stylo et se serait certainement ravisé en se disant que non, finalement, cette chute était décidément peu crédible. Seulement voilà, dès qu'on touche à la mafia, tout est possible, même ce que Marty ne peut concevoir sur un bout de papier. Et force est de constater que la triste mort d'Anthony Conigliaro, 86 ans, dit Tony Cakes, dit Tony the Dessert Man, ancien fidèle lieutenant de la famille new-yorkaise criminelle Genovese, a de quoi surprendre.

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Le 12 juin dernier, l'homme au blouson de cuir élimé et à la petite chemise à carreaux marron, rangé des rackets en tous genres depuis de longues années, sort de chez lui pour effectuer sa promenade quotidienne, comme le révèle le New York Post dans son édition de ce vendredi 21 juin. Aujourd'hui retraité, Tony Cakes s'est longtemps occupé de vendre en gros des gâteaux et autres sucreries dans l'état de New York – d'où son surnom –, tenant même un stand de gelati dans le quartier de Little Italy, à Manhattan. Apprécié de tous, bon père de famille – il a deux enfants –, voisin charmant toujours prêt à rendre service, il présente le profil parfait du vieillard tranquille et débonnaire, qui coule des jours paisibles dans son appartement de Bay Ridge, petit quartier sans histoires au sud-est de Brooklyn.

La rédemption avant l'accident

Oubliées, les basses besognes qu'il menait volontiers pour le compte de la famille Genovese dans les années 1980, chargé qu'il était en tant que soldato d'exécuter les tâches ingrates et les menaces de mort, les procureurs fédéraux de Brooklyn l'accusant même en 2005 d'être l'un des principaux usuriers des Genovese. Loin derrière lui, ces vieilles accusations de racket pour lesquelles il a fini par plaider coupable, lui occasionnant une peine de treize mois de prison, selon les archives de la justice locale. Sans parler de cette histoire de vol qualifié, qui a depuis été mise sous scellés, en 2006…

A 86 ans, Anthony Conigliaro, Tony Cakes pour ses rares amis encore en vie, l'homme qui ne jurait plus que par le sucre glace sur les donuts, avait décidé de profiter pleinement du temps qui passe et des petits plaisirs fugaces du quotidien. Sauf que ce 12 juin au matin, en plein cœur de Brooklyn, à deux pas de Dahlgren Place, et alors qu'il traversait la rue au passage piéton comme il le fait tous les jours, l'homme au blouson marron a été sèchement décapité par un camion appartenant à la ville de New York, qui lui a littéralement fondu dessus. Tout ça en plein jour, devant les passants horrifiés par une scène d'un gore absolu.

« Il a oublié de regarder avant de traverser… »

« Il nous manque, il manque à tout le monde », a déclaré un voisin de Conigliaro au Post. Matthew Mari, avocat de longue date spécialisé dans la mafia et qui comptait Tony parmi ses amis et néanmoins clients, a déclaré que « c'était un homme gentil, doux, qui parlait doucement et qui était très calme. Il essayait toujours d'aider les gens. » Preuve de son investissement dans la vie du quartier, un mémorial a été érigé vendredi à l'angle de la 92e rue et de Dahlgren Place, à l'endroit où il a été mortellement frappé, pour que ceux qui l'ont fréquenté, amis, voisins, anciens compagnons de route, capo encore vivants, puissent lui rendre un dernier hommage. Mais la meilleure des conclusions à cette mort tragique et improbable revient à l'un des policiers pince-sans-rire chargé de boucler l'enquête : « Tony aura passé sa vie à regarder par-dessus son épaule, mais il a oublié de regarder des deux côtés de la rue avant de traverser… » Pas mieux.

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